Télérama Dub Festival, la fin d’une aventure !!!… Frédéric Péguillan, fondateur du festival, nous en parle : Interview !

À fin de l’année 2018, après la 16ème édition du Télérama Dub Festival, Bi-Pole annonçait la dernière de ce festival Dub, créé par Frédéric Péguillan en 2003 !… Tout n’était pas clair, alors Culture Dub est allé à la rencontre du rédacteur en chef de Télérama Sortir pour en connaitre les raisons et vous les partager !

Fred Peguillan - Télérama Dub Festival
Fred Peguillan – Télérama Dub Festival

 

– À la suite du Télérama Dub Festival Vol.16 nous avons vu passé un annonce sur les réseaux sociaux comme quoi le Télérama Dub Festival, c’était fini !! Peux tu nous en dire plus ?

Effectivement, après 16 ans de Télérama Dub Festival, j’ai décidé d’arrêter. J’ai toujours dit que je stopperai le jour où je m’amuserai moins. Et ce jour est arrivé. Mais cette décision n’a pas été prise à la légère. C’est le fruit d’une réflexion que j’ai mûri pendant près de 18 mois. J’ai lancé ce festival en 2003 dans le but de partager ma passion pour une musique que j’adore et qui, à l’époque, ne bénéficiait d’aucune médiatisation. Je pense que le Télérama Dub Festival a réussi, en 16 éditions, à la sortir de l’ombre un tant soit peu. Mission accomplie serais-je tenté de dire. Je préfère m’arrêter là que de faire l’année de trop et céder à des compromis en programmant des artistes qui ne me touchent pas plus que çà.

– Est-ce plus une envie, une décision personnelle, ou alors un regard différent sur le Dub, ou encore un sentiment de moins se renouveler pour faire de « l’efficace » (rappelons que le festival était organisé depuis quelques années par Bi-Pole et que tu en étais le directeur artistique) ?

TDF15
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C’est une décision personnelle motivée par plusieurs facteurs. Un facteur artistique d’abord. La scène dub, même si elle se régénère régulièrement, reste une niche. Et ces dernières années, il a été difficile de se renouveler. D’autant plus que le festival a grossi et que la jauge de la date parisienne aux Docks de Paris est importante (4500-5000 personnes). Peu d’artistes de la scène dub sont capables d’attirer autant de monde. Et reprogrammer toujours les mêmes n’était pas très intéressant. Quand tu as invité 5 fois Stand High Patrol ou Panda Dub, 4 fois O.B.F., 3 fois Adrian Sherwood, 2 fois Lee Perry ou Biga Ranx…, même si j’aime beaucoup ce qu’ils font, à un moment tu as envie d’autre chose. La politique du Télérama Dub Festival a toujours été d’essayer de programmer des concerts originaux, notamment en proposant des créations. Mais cela coûte cher et tous les artistes ne sont pas prêts à jouer le jeu.  Par ailleurs, la scène dub a évolué et le sound system, qui a toujours été présent au Télérama Dub Festival, a eu tendance à prendre le dessus ces dernières années. Or, de nombreux festivals et soirées s’y consacrent (Dub Station, Dub Foundation au Reggae Sun Ska, Dub Corners à Bagnols-sur-Cèze ou au No Logo, Dub Camp…) et le font très bien. Le but n’est pas de les concurrencer mais là encore, çà demande de sortir des sentiers battus et les possibilités ne sont pas pléthoriques. Il y a ensuite le facteur économique. Les moyens du Télérama Dub Festival ne sont pas illimités. Nous n’avons jamais réussi à dénicher le moindre sponsor. Le dub doit être moins glamour à leurs yeux que l’électro ou la techno vers lesquelles ils se tournent. Et les seules subventions que nous avons reçues furent des sociétés civiles (Adami, Sacem, CNV, Spedidam) mais rien des collectivités locales de par notre format itinérant. Difficile dans ces conditions de pouvoir programmer des artistes qui coûtent très cher. Nous avons proposé des cartes blanches dub à Massive Attack ou Damon Albarn mais sans succès. Ces artistes sont dans une autre sphère économique, inaccessible pour le Télérama Dub Festival.

– Le fait d’avoir passé la main en tant qu’organisateur il y a quelques années n’a-t-il pas changé la donne ? Avais tu toujours autant de liberté en tant que directeur artistique ?

Je n’ai pas passé la main en tant qu’organisateur. Depuis ses débuts, le Télérama Dub Festival a toujours été le fruit d’un travail commun entre moi, qui faisait la programmation, un producteur (Glazart les cinq premières années, puis Garance Productions deux ans, puis Bi-Pole les neuf dernières années) et Télérama qui offrait les outils de communication (affiches, flyers, pages de pub…). J’ai toujours été libre de programmer ce que je voulais, dans la limite des possibilités budgétaires, hélas souvent trop restreintes. Pour renouveler l’offre du festival, je n’ai pas eu les moyens de mes ambitions. Mon souhait aurait été de programmer des artistes méconnus d’Amérique latine, des Etats-Unis, de Jamaïque ou d’ailleurs. Mais faire venir des musiciens de ces pays lointains a un coût et ce coût n’est pas amorti car le public se déplace peu pour des artistes qu’il ne connaît pas. C’est dommage mais c’est comme çà.

– Le fait que le festival soit passé d’une taille très humaine (4 soirées à Glazart les premières années) à quelque chose de plus grand, de part la multiplicité des villes, la grandeur des salles à Paris, le festival avait-il conservé la même âme ?

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Je pense que nous avons réussi à préserver l’âme du festival même en grossissant et que le public français était content que l’on vienne à lui en régions. L’événement était attendu par beaucoup chaque année. Mais il est vrai qu’à Paris, j’ai remarqué un net rajeunissement du public ces dernières années. Et ce public donnait parfois le sentiment de venir plus faire la fête que d’écouter de la musique. Les projets plus exigeants comme Dr Das Dubnoiz Coalition en 2015, Dub de Gaïta en 2017 ou Sly & Robbie meet Nils Petter Molvaer en 2018 avaient parfois du mal à retenir son attention.

– Déjà 16 années que tu as créé le Télérama Dub Festival. As-tu réalisé un rêve, un challenge, as-tu été au bout de ce que tu souhaitais au départ ?

Si on m’avait dit en 2003 que le festival durerait 16 ans, je ne l’aurais pas cru. Je suis fier d’avoir pu contribuer à l’éclosion du dub, d’avoir proposé de nombreuses créations, d’avoir permis à des artistes de goûter à la lumière et d’en rencontrer d’autres avec qui ils ont parfois travaillé. Fier aussi qu’en 16 ans, il n’y ait jamais eu la moindre embrouille au Télérama Dub Festival qui s’est toujours déroulé dans une ambiance chaleureuse. Et très heureux de toutes ces magnifiques rencontres avec des acteurs de la scène dub plein d’énergie et de passion. Je n’avais d’autre objectif au départ que celui de faire partager une passion. Il a été atteint. J’aurais aimé faire davantage mais comme je l’ai dit, je n’en avais plus les moyens.

– Bi-Pole va proposer en 2019 un festival intitulé « Forward », plus orienté musique électronique, Bass Music, Dubstep. Penses tu que le Dub a connu son apogée ? Penses tu qu’il puisse encore se renouveler ?

Difficile d’affirmer que le dub a connu son apogée. Le dub, rappelons-le, est, à la base, une technique de mixage. Il a cet avantage de pouvoir s’adapter à touts les musiques même si le lien au reggae demeure important. C’est cette ouverture que j’ai essayé de défendre avec des rencontres entre Kaly Live Dub et Erik Truffaz, Sly & Robbie et Nils Petter Molvaer, Bumcello meets Brinsley Forde ou Brain Damage et les chanteurs colombiens sur le projet ¡Ya No Mas ! Donc je crois qu’il a encore de belles heures devant lui. Le nouveau festival Forward en sera peut-être une illustration. Je le souhaite pour Bi-Pole même si cette orientation me touche peu. C’est aussi l’une des raisons de ma décision. Je ne voulais pas dériver vers le dubstep, la jungle et les musiques électroniques qui me parlent beaucoup moins même si j’adore certains projets électro-dub. Mais j’ai un côté old school qui fait que je préfère mille fois voir 5 ou 6 musiciens sur scène qu’un mec derrière son laptop. J’aurais préféré ouvrir davantage le dub vers la « world music » ou le jazz. Question de génération sans doute…

– Quels sont tes plus beaux souvenirs, durant ces 16 éditions du Télérama Dub Festival ?

O.B.F Hall
O.B.F Hall

Je suis très fier de cette dernière édition 2018, sans doute l’une des plus belles avec des projets très différents qui ont rassemblé plusieurs générations. Le live mix d’Adrian Sherwood sur Horace Andy était exceptionnel, les concerts de Sly & Robbie et Nils Petter Molvaer magiques, le DJ set de Don Letts énorme et le live d’O.B.F. avec Charlie P, Sr Wilson et Shanti D d’une puissance inouïe. Mais je crois que mon plus beau souvenir du festival en 16 ans reste la rencontre, sur la scène de Glazart, entre Jah Wobble et Molam Lao, un groupe de chanteurs laotiens pour le projet Molam Dub. C’était féérique. La rencontre entre Vibronics et Brain Damage m’a aussi beaucoup marqué. Sans oublier le live dub mix de Pilah Dub avec Joe Pilgrim & The Ligerians à Lyon en 2016 : du reggae roots dubbé en direct. Tout ce que j’aime !

– Quel est l’artiste que as toujours rêvé de faire venir en tant que passionné, en tant que programmateur et que tu n’as pas réussi à faire venir ? Et pourquoi ???

Il y a eu Natural Numbers, le projet dub de l’Américain Tom Chasteen, un gars méconnu qui a publié deux superbes albums. Mais il aurait fallu faire venir 6 musiciens des Etats-Unis et de Jamaïque et nous n’avions pas les moyens, surtout pour un artiste qui aurait ramené 50 personnes. Bill Callahan alias Smog aussi, chanteur de country alternative qui a sorti une version dub d’un de ses disques et qui n’a pas souhaité venir la jouer en live. Mais mon plus grand regret est certainement de n’avoir jamais pu faire venir Dry & Heavy, la section rythmique du groupe japonais Audio Active dont les productions sont magnifiques. Mais silence radio de leur côté. Je crois qu’ils ne sont plus en activité…

– Va tu continuer à suivre l’actualité du Dub ? Continueras tu à relayer différents coups de coeurs dans les pages de Télérama ?

Bien sûr. Plus que jamais. Je vais me concentrer sur mon travail de journaliste et continuer d’écrire sur le dub, de surveiller les nouvelles productions et de faire partager mes découvertes dans Télérama et sur telerama.fr. Toujours avec la même passion. Et peut-être qu’un jour j’aurais envie de réactiver le Télérama Dub Festival… Qui sait ?

Mapping by Diazzo & Kazy
Mapping by Diazzo & Kazy

 

Un grand merci à Frédéric Péguillan pour sa disponibilité !…
Et un immense merci pour sa confiance accordée à Culture Dub depuis la 1ere édition du Télérama Dub Festival !…
Large Up,
AlexDub

 

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